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"Inju" de Barbet Schroeder. (Cinéma)

Dans une vie précédente, il m'a été donné de célébrer le mariage civil d'une fille de Barbet Schroeder. Le cinéaste était là, rien de l'atmosphère frelatée du "showbiz", un homme ordinaire, vêtu ordinairement, entouré de gens ordinaires.

Pourtant, sa vie et sa carrière ne sont pas ordinaires, non plus que ses films. "Le mystère von Bülow" et "J.F. partagerait appartement" ("Single white female") sont des classiques.

Schroeder aime les personnages tordus, tourmentés, manipulateurs, les situations perverses.

"Inju", son dernier film, est dans cette tonalité, avec de nettes références hitchcockiennes. Schroeder dit que Benoît Magimel est le Sean Penn français et joue à plein sur la ressemblance physique des deux acteurs. Mais Magimel ne dégage pas d'ambiguïtés. Comme certains personnages hitchcockiens (ou du cinéma hollywoodien des années 1930), il est tout d'un bloc, granitique, aussi dépourvu de doutes moraux qu'un James Stewart, acteur hitchcockien s'il en fut. Penn, lui, transpire l'ombre et la pénombre.

Quoiqu'il en soit, honnête homme, Magimel se trouve entraîné, en terre étrangère (au Japon), dans une histoire bizarre que Barbet Schroeder a extraite d'un roman.

Comme dans un film de Hitchcock, le rêve joue un grand rôle dans la construction dramatique, ainsi que le voyeurisme et même l'architecture est sollicitée comme par feu Sir Alfred.

L'histoire, glauque à souhait, est très sombre et retorse. Hitchcock affectionnait la happy end. Barbet Schroeder n'en est pas obsédé, et on le sait. Résultat : le film peut finir n'importe comment, c'est-à-dire bien.

En somme, on n'a pas révolutionné le monde, mais on a vu du très bon cinéma.

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